12/06/2008

Nombrilismes


« J’voulais parler d’ma vie, c’est rare quand ça m’arrive

Un moment suffira, y a pas grand’chose à dire…

Passé 30 ans et je sais, au moins j’imagine,

Je n’aurai jamais mon nom dans les magasines.

Je suis de celles que la foule rassure,

On ne peut être bien que parmi des milliers

Has been avant d’avoir été, c’est un peu dur

Ma vie, tout l’monde aurait si bien pu

S’en passer ».

J.-J. Goldman

 

Non, je ne te dis pas ces peurs, mes lueurs ou mes flammes. Je ne te dis plus le sang, qui fait cogner mon cœur. Je ne te dis pas mes moments, si froids et si pâles. Et ton visage, cher lecteur, qui justifiait mes heures.

Dernièrement, j’ai relu un brouillon de mail que je t’écrivais, D., un mail improbable, réponse au tien qui me disait, texto : « Ca me fascine la façon dont tu parles de toi, en toute simplicité avec énormément de sensibilité. En plus, tu sais manier la plume, pardon le clavier ».Tu parlais alors de mes écrits, avant que je ne joue « Eraser ».

2003. Mes débuts ici, dans ce petit espace virtuel, anodin aux premiers abords et qui, insidieusement, prend de plus en plus de signification(s), d’importance et de temps. La période la plus délicate de ma vie, aussi. Année charnière construite sur des ruptures, des rencontres, des idéaux qui s’effondrent,  premiers prémices de ma carapace. Il y en aura d’autres.

Ai-je changé depuis lors ? Sans doute, tout en restant fondamentalement la même, toujours hésitante, paradoxale, la tête dans les nuages et les pieds fermement sur terre. Allant de joies inextinguibles en peines brûlantes. Cette fille qui tombe sept fois pour se relever huit. Je suis toujours celle-là.

J’ai peut-être un zeste de sagesse de plus, un brin de folie qui s’est soustrait. Jouant un peu moins l’écorchée vive, j’ai appris à dissimuler certaines plaies. A quoi bon ? Ma vie n’est ni meilleure ni pire qu’une autre, au final. On a tous notre lot de problèmes, nos moments bonheurs et nos instants miracles. Il suffit parfois d’un rien et tout bascule, du malheur à la plénitude, de l’apathie à l’euphorie, du yin au yang. Ce cercle éternel des énergies contraires, qui régit notre vie et nous apporte ce frêle équilibre. Tel des funambules, nous nous tenons au milieu de tout ce foutoir, tentant désespérément de répondre à la question : « pourquoi ».

J’aurai aimé être artiste, je suis née cérébrale. Quelle contrariété à gérer, dès le départ ! De naissance donc insatisfaite, devenue par la suite perfectionniste dans les moindres détails, c’est  une lente descente aux enfers sur laquelle je glisse quotidiennement. Je n’aime pas vivre avec moi. Il existe ce léger décalage entre mon image et ma réalité, qui me trouble. Ce que je voudrai être, et ce que je suis. La différence ? Une question de confiance en soi.  Je rêve de mise en lumière, mais dès que pointe un projecteur, il n’y a plus personne. Chloé est rentrée dans sa carapace.

Un pas devant l’autre, et parfois, un pas en avant pour trois en arrière. Valse hésitation enivrante, lent jeu du chat et de la souris. L’enjeu ? Me trouver. J’ai 20 ans d’errance à combler.

Nombrilisme(s), je t’avais prévenu.

20:50 Écrit par Chlo dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

La lumière est quelque part, couchée sur un papier... ton diplôme... Grâce à lui, tu pouvais être dans la lumière tous les jours, être quelqu'un qui compte, quelqu'un qu'on écoute... C'est un peu le lot de ces gens là: des rêves de gloire, de reconnaissances... Tu as choisi pourtant de ne pas passer la porte. Dommage, c'est grisant, satisfaisant, réjouissant...

Écrit par : Gowap | 13/06/2008

joli post on s'y retrouve un peu soi même ;)
beau we Chloé
bisous

Écrit par : bio | 14/06/2008

A wé... J'avais presque oublié ces quelques mails échangés il y a trois ans déjà...

Qu'ajouter à ce que je t'avais écrit ? J'assume et je confirme et c'est bien pour cela que, même si j'orbite de plus en plus loin de la blogosphère, je n'ai jamais pu m'empêcher de passer de temps en temps voir ce que tu devenais...

Continue à vivre, insatisfaite.
Rien n'est plus horripilant que quelqu'un satisfait de lui-même, tu trouves pas ?
Le satisfait est à l'arrêt, cesse d'être en devenir.

J'sais bien, y avait ce qu'on voulait être, et on est ce qu'on est, on compose avec sa vie, on compose avec soi-même.
L'exsitence nous oblige aux choix et aux renoncements. On ne peut pas être tout et son contraire. Mais l'important c'est d'être quand même devenue quelque chose au gré des errances, une femme, une maman... et dans tout ce que tu es ou n'est pas, il existe Chloé qui sort de temps en temps la tête de sa carapace pour chercher la lumière et que j'apprécie.

Allez, salut l'artiste... cérébrale et nombriliste (comme souvent les blogueurs).

Biz à toi et tes hommes.

Écrit par : D. | 20/06/2008

Bien dit Bravo pour ton texte, c'est vraiment bien écrit et ressenti.Pas toujours évident à mettre sur papier ses pensées.
Je dois dire que le fait de faire un blog m'a permis d'évacuer un peu cette frustation surtout quand on reçoit de la considération en retour.
A bientôt qui sait.

Écrit par : Samba | 09/07/2008

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